Pièces majeures du Musée diocésain

Couronne-reliquaire des saintes épines
Or, pierres, perles, Art mosan, début du XIIIe siècle

Qu’y a-t-il à voir ?

Vierge de calvaire de Waillet, Chêne polychrome, Liège, vers 1260-1280
Vierge de calvaire de Waillet
Chêne polychrome, Liège, vers 1260-1280
Vierge en majesté de Cens, Liège ( ?), vers 1220-1230
Vierge en majesté de Cens
Liège ( ?), vers 1220-1230

Au fil des années arrivèrent à Namur de véritables chefs-d’œuvre, comme la Vierge en majesté de Cens ou celle du calvaire de Waillet. Mais aussi nombre de témoins bien plus modestes des dévotions populaires. Des témoins de la vie courante, tels de simples verres à boire du XVe et du XVIe siècle, réputés en matière inaltérable, avaient été utilisés comme reliquaires et maçonnés dans des massifs d’autels. Au XIXe siècle, lorsqu’on reconstruisit nombre d’églises, ces autels furent démolis et les verres retrouvés constituent aujourd’hui une collection des plus intéressantes. La petite châsse d’Andenne, au décors d’entrelacs, d’origine irlandaise et datée du milieu du VIIIe siècle, arriva au Musée diocésain après une longue controverse, alors qu’elle était convoitée par d’autres musées. Elle rejoint les pyxides émaillées de Limoges et une remarquable petite châsse de la même provenance, malheureusement vide.

Depuis un siècle, des fabriques d’église demandent à mettre en dépôt des vêtements liturgiques anciens, certains très précieux, mais souvent déjà abîmés. Leur conservation pose de grands problèmes, leur exposition encore plus. Tout récemment encore, la fabrique d’église de Saint-Nicolas à Namur a confié au Musée diocésain une chasuble et deux dalmatiques en satin rouge brodé datées de 1500, mais leur présentation permanente réclamerait des moyens dont le musée ne dispose pas. Il en va d’ailleurs de même pour tous les textiles. La collection de manuscrits et de livres précieux est importante. La pièce majeure est un évangéliaire enluminé du XIe siècle, celui-là même sur lequel les comtes de Namur prêtaient serment. Le texte de ces serments fut d’ailleurs retranscrit sur les pages de garde. Dans un proche avenir, ces ouvrages, qui tous mériteraient une étude approfondie, iront rejoindre ceux du séminaire dans la “réserve précieuse” (et sécurisée) nouvellement aménagée.

Le sort des œuvres lapidaires est beaucoup plus problématique. Leur présentation supposerait de vastes surfaces dont le musée ne dispose nullement et ne disposera sans doute jamais. Ne pourrait-on rêver de voir se créer un jour un musée lapidaire qui regrouperait toutes les œuvres aujourd’hui éparses de-ci de-là et qui risquent toutes de disparaître ?

Le musée possède aussi de nombreuses peintures. Toutes étaient dans un état déplorable. Par un heureux concours de ciconstances, dix œuvres, cinq du musée, quatre de la cathédrale et une du séminaire ont été prises en charge par des élèves de la section restauration d’œuvres d’art de l’ENSAV (école nationale supérieure des arts visuels de La Cambre) et restaurées en 1999-2000. Une œuvre, de prime abord peu attrayante, une petite croix de procession en bois peinte sur fond d’or s’est révélée être une œuvre assez exceptionnelle du XVe siècle. Elle a déjà attiré l’attention de plusieurs historiens d’art. Une toile peinte de la fin du XVIe siècle, représentant le Miracle de l’invention de la vraie croix pourrait provenir du retable de l’ancien autel de sainte Hélène. Elle aurait été remplacée au XVIIe siècle par une Conversion de Constantin. Il faut encore mentionner une prédelle de l’école d’Aragon et un Martyre de saint Sébastien, attribué depuis longtemps à Ottonius et dont les rayons X ont montré qu’il s’agissait d’une composition originale et non d’une réplique.

Les reliques

Pour comprendre l’origine d’un trésor comme celui de la cathédrale, il faut se rappeler l’importance et la valeur des reliques au Moyen-Âge. Les comtes de Namur, pour asseoir leur autorité, avaient mis la collégiale de leur château sous le patronage de saint Pierre lui-même. C’est dans cette optique qu’ils avaient acquis le “bonnet de saint Pierre” (qui semble être en fait une coiffe épiscopale copte du VIIe siècle) et le crâne de sa fille sainte Pétronille, conservé avant la révolution dans un chef-reliquaire en argent. Celui-ci fut fondu pour payer un impôt révolutionnaire et remplacé d’abord par un buste en bois doré, puis par une châsse vitrée en cuivre doré réalisée en 1881.

Autel portatif, Bois-agathe, cuivre doré, ivoire de morse. Art rhénan ou mosan, XIe-XIIe siècle
Autel portatif
Bois-agathe, cuivre doré, ivoire de morse. Art rhénan ou mosan, XIe-XIIe siècle

Les comtes reçurent aussi des reliques qui se rattachaient à la passion du Christ : en 1206, deux épines de la couronne d’épines, envoyées par Henri, régent de l’empire de Constantinople, à son frère Philippe, marquis de Namur, ainsi qu’un important fragment de la croix. C’est pour les conserver dignement que furent réalisées la couronne-reliquaire, orfévrerie mosane des premières années du XIIIe siècle et son coffret orné d’émaux limousins ainsi qu’une croix-reliquaire à double traverse renouvelée au XVIe siècle et montée sur un pied au XVIIe. Le trésor comprend aussi un autel portatif, destiné à contenir des reliques nécessaires à la célébration de la messe en n’importe quel lieu, orné de dix-huit scènes d’évangile sculptées dans de l’ivoire de morse au début du XIe siècle. Plus tard, il s’est encore enrichi de deux œuvres prestigieuses que Guillaume II légua à la collégiale Saint-Pierre-au-Château en 1418 et qu’il tenait de son épouse Jeanne d’Harcourt, nièce du roi de France : la statue-reliquaire de saint Blaise, autrefois saint Nicaise (le changement de titulaire fut effectué en 1645), orfévrerie parisienne du dernier quart du XIIIe siècle, et un osculatorium, un baiser de paix, triptyque parisien du début du XIVe siècle.